textes en souffrances:
Mercredi 30 juin 2004
L'arc-en-ciel

Tonnerre! Braoum! Grrraoum...

Ploc. Ploc. Ploc.

Ça se passe ainsi quand tout est calme et que l'orage arrive prudemment. Pousse un cirrus devant un cumulus, s'enfarche dans les nimbus, culbute dans les nimbo-rimbus-brassus! Prudemment avance, se précédant d'un roulement de tonnerre, armée redoutable, marchant comme la tempête, puisque c'est elle!

Braour! Grouaour!

Plus proche à chaque instant, déchirant l'air d'un oeil strident! Éclair!

Brouour raoum raour broaurarum

Juste au-côté, lourde de grisetesse. Veuve éplorée soulevant vent et marée, chargée de toutes ses pluies, chargées de tous les pleurs d'un mère qui perd un enfant ou deux ou trois...

Crac! La tempête s'abat.

Passe.

Fini.

Fini... apparaît un arc-en-ciel...

Sais pas lorsqu'elle reviendra...

(À suivre)




Mardi 29 juin 2004
Retour d'un aller

Me suivez?

Tout doux, vous vous faites des idées! Moi des idées je trouve ça minuscules; je préfère les trouvailles, la vraie poésie.

La truite qu'on tire d'un lac...

J'ai un ami, Steeve. Son frère était mon meilleur ami, il s'est étouffé dans sa voiture, dioxyde, v'là deux ans, au carbone, l'imbécile! Rabouté, tuyau de sécheuse, à l'échappement, a pris un dernier pot! Avec du Gaffer Tape. Habile! Je lui en veux, bien normal... avec tous ces malheurs dans la même famille! Steeve a perdu Paul, et l'année suivante, il a appris que sa soeur Monique avait le cancer...  elle est morte jeudi dernier, le foie grugé comme celui d'un Prométhée qui ne sait pas s'régénérer. Deux ans d'attente. Sauf qu'il y a trois mois - tandis que tout le monde s'attendait à la mort de celle que la médecine venait de condamner en lui supprimant tout traitement - la soeur de Paul, de Monique et de Steeve, Réjeanne a eu un accident. Coma d'un mois. Jacques ou Catherine (le frère et la belle-soeur de Steeve) m'ont dit qu'à l'hôpital, Monique avait murmuré: « je m'en viens te voir bientôt », tandis que moëlle écrasée, l'ainée vivait comme une morte, jusqu'à ce qu'un gros scanner affirme qu'elle était légume pour ainsi dire...

Jacques S.(le mari de Réjeanne) et la famille Tremblay ont décidé de la déconnecter.

J'ai un ami, il s'appelle Steeve. Son frère Paul s'est suicidé, sa soeur Réjeanne s'est tué dans un accident de motoneige et sa soeur Monique est morte du cancer. Il a deux autres frères: Réjean (le jumeau) et Firmin (Martin je devrais dire), et deux autres soeurs Christiane et Lilianne.

Steeve est le meilleur pêcheur que je connaisse. Chez son grand frère et mon ami Jacques, à son chalet on pêche dans le lac Saxophone. Steeve tire quatre truites, j'en sors une seule. Steeve dit que c'est la faute de sa petite mouche magique. Catherine m'en a donné une, la truite a mordu. Steeve en sortait trois, tandis que 'en sortais une.

Au chalet, dimanche soir dernier, j'ai bu un gin avec Roger (Roger qui a épousé Monique en sachant qu'il allait la perdre). Je me suis assis avec lui, on a pas beaucoup parler. La fatigue. J'ai beaucoup d'estime pour lui et pour Jacques S. Le courage. Je peux m'imaginer ce que ça pourrait être de ne plus avoir Pascale... Je les aime.

Y'a juste Steeve que je déteste. Je chiâle: «maudit crisse! on a le même os'tie d'ver! comment ça se fait que la truite est toujours rendu de ton maudit tabarnak de bord!»

Vous ne saviez pas que je jurais comme un chartier, que j'aimais les enfilades superlatives de sacres, la beauté de l'exagération sacrale! Le tambourinement virile des iss et des aks! Comme la parade de la gélinotte huppé quand elle martèle sur le sol?

Steeve rit.

« De toute façon, me dit-il

« tu sais ben que je té donne »




Mardi 22 juin 2004
De l'humour

Finissent tous dans le même panier, rigolade! Satanée retour à la nuisance de l'insignifiance triomphante! Manque de verve et de verbe, d'éloquence pour être bref! La question ultime est de divertir, de faire les "draûles", fientes qui volent, calembours! De chatouiller la glose, de la dépouiller, bien ridicule et nue, qu'on se dilate entre soi! Car les ceux qui rigolent sont les mêmes qui se font rigoler. Retour de la matière, principe du rien ne se perd quand rien ne se crée, la bêtise tourne en rond, cherche à mordre sa propre queue. Chiens savants!

Farceurs de bas-niveau, médiocres, adulés tout de même! Vérité choquante! Descente infernale, glorification de vide, tout propos hors propos sans propos, parler pour ne rien dire! Le Québec fier de ne se prendre jamais au sérieux, de repousser les limites de la niaiserie et de croire qu'en cela réside son intelligence.

Je veux bien dans les salons, à seize ans entre amis, première bière, petit joint, on pouffe pour des riens, mais après, ce complexe! refuser de vieillir! Entretenir le rire, c'est malheureux, rire gratuit!

Me semble qu'Einstein était un grand comique, visionnaire, humour juif! En plus ses grands délires deviennent des théories! Nourissant!

Nous l'avons notre société de loisirs, puisqu'aujourd'hui en grand nombre on refuse de réfléchir, pour oublier la monotonie du huit à cinq, légitime d'être cons! On se donne la permission, tant mieux, les comiques sont toujours revenchars, conservateurs, à droite... pensez à nos soldats l'esprit dans leurs bottines... l'humour des casernes...

Stagnation, débilité profonde, continuons de creuser autour de la vacuité. Immobilisme tandis qu'on se tient les côtes. Faut rire j'en conviens, comme disait Chopin: les gens qui ne rient jamais ne sont pas des gens sérieux.

Mais faudrait ajuster parfois nos rires au diapason des dieux.




Dimanche 06 juin 2004
Laissez passer

On se racontera, toujours des souvenirs, d'abord en famille... Tout ça a commencé avec mon frère, il avait son blogue. Je lis, je critique... soudain le défi! Moi, écrire? Et pourquoi pas, mon blogue à moi? J'y vais, je commence, longtemps j'y pense...L'envie de dire de go me prend aux doigts. Écrire, c'est dire, un geste minuscule, le long des pédoncules des doigts...

Soudain, sérieux je deviens, puis je m'demande:

Et si on me lisait? La crainte de devenir! C'est ma crainte toute légitime: être quelqu'un. Surtout que les quelqu'un sont si quelconque... les quelques qu'on voit!

Je pensais à nos souvenirs en me disant : de tous ces imbéciles que restera-t-il? La durée même pour les grands hommes est de courte mémoire, n'est-ce pas de cela que la plupart des vieux se désolent: l'oubli?

Écrire? Ça me sonnait bien, unanime, pour une fois, démocrate, l'esprit... d'habitude si tyran.

J'en ai convenu. Je barbouille, comme elles viennent, les pensées. On me trouvera tranchant, méthodique, lapidaire... qu'importe si le han! sans un hic se libère!

Je cherche l'ineffable.

L'ineffable qui se puisse se dire.

Comprenez le défi?




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